[Veille #33] Médias : 5 défis à relever pour la rentrée

[Veille #33] Médias : 5 défis à relever pour la rentrée

Cette année encore, Ouest Médialab a fait la tournée des événements dédiés à l’innovation dans les médias. Voici les 5 tendances incontournables que nous avons identifiées pour ce 33ème numéro de « Chantiers numériques », avec à la clé de nombreux articles de veille à (re)découvrir. 

Le fact-checking comme réponse aux fake news

Lors de la dernière élection présidentielle américaine, tous les ingrédients étaient réunis pour ouvrir les vannes au fake news et à la désinformation. Un épisode qui aura plus que jamais remis en question notre rapport à l’information.

Pour les contrer, une salve d’initiatives a fleuri : de CrossCheck qui rassemble le travail de vérification de plusieurs rédactions aux médias eux-mêmes équipés d’un département dédié au fact checking comme Désintox à Libération, le Décodex du Monde et le Vrai du Faux de France Info.

S’il éprouve encore des difficultés à apporter une contradiction solide à la parole politique, le fact-checking « tend à faire regagner de la crédibilité au travail du journaliste », déclarait Laurent Bigot, Maître de conférences associé en Sciences de l’Information et de la Communication à l’EPJT, lors des 10ème Assises du Journalisme.  

Le règne des algorithmes

Lors de cette élection présidentielle, les spécialistes ont également pointé du doigt l’effet “bulle de filtre”. Certains, comme la journaliste et universitaire Géraldine Muhlmann, s’inquiètent du règne des algorithmes : « Le risque moderne, c’est le rétrécissement de la curiosité ».

Même son de cloche du côté d’Agnès Chauveau. La directrice de l’INA dénonçait le manque de hiérarchie de l’information, déterminée aujourd’hui par des « algorithmes dont on ne connaît pas le fonctionnement et qui nous enferment dans des logiques communautaires, sans qu’il nous soit à aucun moment proposé un contrat de lecture ou une ligne éditoriale. »

La relation au lecteur et la construction d’une communauté

Enfin, l’élection présidentielle américaine aura aussi mis en lumière la crise de confiance des citoyens envers les médias dit « traditionnels ». 

La relation aux lecteurs a d’ailleurs été examinée sous toutes les coutures lors des conférences auxquelles nous avons assisté. 

Nombreuses sont les rédactions à consacrer de l’énergie pour bâtir leur communauté. C’est ce dont nous a parlé Spicee, société de production 100% digitale spécialisée dans le documentaire. La plateforme compte aujourd’hui 8000 abonnés, dont plus de 40% ont moins de 25 ans.

Même combat pour #Datagueule, la série de datajournalisme qui affiche au compteur 700 000 abonnés sur YouTube. La petite équipe aux manettes de la série, soutenue par France Télévisions, déclare travailler « sur la construction d’une communauté de choix et pas d’une communauté rémunérée. » À travers une plateforme de crowdfunding, elle a pu compter sur 7000 donateurs pour financer son projet de long format autour de la démocratie. Montant des fonds récoltés : 240 000 euros.

Le financement participatif est d’ailleurs une précieuse ressource pour lever des fonds mais surtout pour bâtir une communauté de lecteurs. De nombreux médias émergents y ont fait appel comme Les Jours, qui a pu collecter 80 000 euros. Le pure-player a même lancé une campagne d’equity crowdfunding, qui permet aux donateurs de devenir actionnaires du journal.

Certains partent même directement à la rencontre de leurs (futurs) lecteurs. C’est le cas de la Revue Far Ouest, qui sillonne la Nouvelle-Aquitaine de librairie en librairie.

Paradoxalement, on assiste aussi à un essoufflement du journalisme dit participatif avec la fermeture progressive des blogs, l’abandon des conférences de rédac’ ouvertes et même des commentaires, dont la modération se retrouve confiée aux community managers, quand elle n’a pas été externalisée.

Chantre de l’interactivité avec les lecteurs, le pure player Rue89 s’est laissé submergé par les commentaires des internautes. En quelques années, le site s’est transformé en une véritable tribune. « On n’a pas su gérer la montée en puissance des idéologies, notamment de la fachosphère » déclarait Pierre Haski qui tire aujourd’hui les leçons de cet échec économique.

Lors de la 7ème édition des Entretiens du webjournalisme, Nathalie Pignard-Cheynel, professeure à l’Académie du journalisme et des médias de l’Université de Neuchâtel en Suisse, a cependant identifié quelques dispositifs intéressants qui repensent la relation entre journalistes et lecteurs.

La réinvention des modèles éco

Côté modèle économique, on assiste au retour de l’abonnement payant comme le montrent les résultats de l’étude du Digital News Report (Reuters Institute). Lors des dernières Assises du Journalisme, le fondateur de la Revue XXI, Patrick de St-Exupéry, annonçait d’ailleurs la fin de la promesse de la gratuité instaurée avec Internet.

L’indépendance éditoriale semble être à nouveau un critère de choix pour les lecteurs. Comme beaucoup d’autres médias émergents, 8ème étage en a fait son crédo et a même fondé son modèle économique sur de l’abonnement à prix libre.

Et parfois, la stratégie peut s’avérer payante. Lors de la 7ème journée de la presse en ligne, le journal danois Børsen dévoilait sa recette pour une transition numérique réussie. L’une des clés de sa réussite ? Des offres d’abonnement plus chères et moins nombreuses !

Bien travailler sa promesse éditoriale et ciseler son offre commerciale, qui parfois se cherche à tâtonnement, est alors indispensable. Et pour cela, mieux vaut avoir la fibre entrepreneuriale ou travailler en bonne intelligence avec le marketing, comme l’expliquait Isabelle Roberts (Les Jours) dans une conférence dédiés aux innovateurs qui font bouger la presse.

Parmi les causes de ce retour au payant, on peut citer les revenus publicitaires phagocytés par les Gafa, comme l’expliquait le chercheur Nikos Smyrnaios lors du dernier observatoire du webjournalisme et le nombre croissant de personnes qui utilisent des ad-blockers.

Certains médias peuvent aussi faire le choix de nouvelles formes de publicité. C’est le cas du groupe média Humanoid qui connaît un succès florissant. Éditeur de deux médias en pleine croissance, il a lancé en 2016 son studio maison de création de contenus pour les marques : Humanoid Content. Le groupe va jusqu’à réaliser des médias et des expériences pour les marques. En un an, il a su séduire une trentaine de clients dont la Fnac, Deezer ou encore Huawei.

Monétisation de la data, événementiel, formations, native advertising… Les sources de revenus émergentes des médias locaux à l’échelle européenne ont été passées au peigne fin dans une étude réalisée par Nesta à laquelle nous avions participé. 

La vidéo mobile s’invite dans les rédactions

Dernier sujet (et pas des moindres), qui a retenu notre attention ces derniers mois : la vidéo mobile. Devenu premier support de consommation de vidéos, le mobile semble susciter autant d’espoirs que de fantasmes dans les rédactions. Pour certains médias, il est même devenu l’outil autour duquel s’organise la chaîne de production, comme c’est le cas pour RMC ou BFM Paris.

Et le phénomène intéresse aussi bien les professionnels aguerris du broadcast que ceux qui commencent à se former à la vidéo pour tester de nouveaux formats. Beaucoup expérimentent, avec plus ou moins de bonheur, d’autres s’en sont déjà emparés.

Et si la vidéo mobile ne se prête pas à tout, la réinvention des grammaires de l’image n’en est qu’à ses débuts… C’est ce que l’on retiendra des dernières “Rencontres francophones de la vidéo mobile”.

Lors du 3ème Printemps des Médias en juin dernier, Olivier Clairouin, chef du service vidéo au Monde, évoquait les grands chantiers en cours à la rédaction du journal. Parmi eux : le live, les vidéos explicatives et les éditions quotidiennes sur la chaîne Discover de Snapchat. Si, de ce côté, les expériences sont plutôt concluantes, le bilan est plus mitigé pour la vidéo 360°. Le fameux ROI reste limité : « La vidéo 360° prend beaucoup de temps et de moyens et le public pas au rendez-vous. »

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