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27 juin 2016

Comment les éditeurs indépendants peuvent diversifier leurs revenus

Le 21 juin dernier, Agnès Rousseaux, coordinatrice de Bastamag, animait un atelier du SPIIL autour de la diversification des sources de revenus pour les éditeurs de presse, avec le témoignage de deux médias indépendants : Alternatives Économiques et NextINpact.

DavidLegrandRetour d’expérience de David Legrand, directeur des rédactions d’INpact MediaGroup (NextINpact)

PC INpact a vu le jour il y a 16 ans et a officiellement été baptisé “SARL éditeur de presse” en 2003. En 2014, le site devient NextINpact et se donne pour mission d’informer le public sur les révolutions numériques en cours ou à venir.

Historiquement, le modèle économique du média reposait déjà sur une activité hors presse avec son comparateur de prix, en plus de la publicité display (50% du chiffre d’affaires). Avec le temps, ce modèle hybride a dû évoluer : « Google a lancé Google Shopping et a décidé que tous les comparateurs de prix seraient mauvais, sauf le sien. »

Le chiffre d’affaires provenant du comparateur de prix a chuté de 80% du jour au lendemain. Confrontés en plus aux problématiques d’ad blocking pour la publicité, NextINpact a dû se séparer d’une partie de son équipe et diversifier ses sources de revenus.

C’est ainsi que s’est lancé une première offre d’abonnement premium, à 35 euros par an, sans publicité et incluant des services annexes. Renforcée il y a deux ans par la mise en place de contenus réservés en priorité aux abonnés, l’activité représente aujourd’hui ¼ du chiffre d’affaires.

« On a fait le pari de proposer des articles en priorité à nos abonnés et de les rendre accessibles à tous à l’issue du premier mois de publication. Ce pari a très bien marché et on pense même qu’on aurait dû le faire plus tôt. »

L’idée des comparateurs a été creusée et lorsque Free Mobile est venu cassé le marché des opérateurs mobiles, NextINpact a lancé un comparateur de forfaits mobiles low cost pour permettre aux internautes de s’y retrouver. L’outil s’est décliné et un deuxième comparateur a été développé, celui des FAI (fournisseurs d’accès à Internet). Au sein de l’équipe, c’est Sébastien Gavois qui se charge du décryptage de PDF des opérateurs de téléphonie mobile (fiches d’info standardisées obligatoirement fournies par les opérateurs) et des FAI.

« On voulait avoir une approche à la fois servicielle et éthique et offrir une vraie plus-value aux lecteurs »

comparateur nextinpact

NextINpact a en parallèle développé une activité d’affiliation “Les bons plans”, en passant par des plateformes dédiées : l’équipe visite des sites de revendeurs et de constructeurs pour proposer les meilleures offres du moment à leurs lecteurs.

Le modèle économique repose donc aujourd’hui sur des abonnements, l’affiliation et la publicité.

Le média s’est engagé dans la création de La Presse Libre, un portail d’abonnements conjoints conçu pour la presse en ligne payante. L’idée étant de permettre aux lecteurs de soutenir les médias de leurs choix hors GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) à un prix réduit et depuis une seule et même plateforme.

« La presse paye son manque de vision et de recherche dans la transformation numérique en cours. On a tellement investi dans le renforcement des acteurs papier qu’on a peut-être oublié d’organiser la diffusion de la presse en ligne. Résultat : Facebook Instant Articles, Apple News, Google AMP. Et c’est trop tard. On s’est déjà fait bouffer par les GAFA. »

L’idée de “La Presse Libre”, c’est de permettre aux “petits” d’avoir une solution : « on est indépendant mais on est ensemble et ça ce n’est pas naturel pour les acteurs de la presse. »

Côté publicité, NextINpact s’est toujours opposé au contenu sponsorisé ou au brand content et a ainsi refusé quelques dizaines de milliers d’euros.

« Il faut avoir plusieurs pieds sur lesquels se reposer. L’abonnement seul, c’est le risque de ne dépendre que de ses lecteurs (et ce ne sont pas toujours les plus éclairés) et de les voir imposer leurs préférences. C’est bien de refuser des choses à ses lecteurs et à la publicité. »

Autre conseil de David Legrand pour les éditeurs de presse : « Garder de la trésorerie d’avance. Sur des modèles qui évoluent très vite c’est important. »

Camille DorivalRetour d’expérience de Camille Dorival, présidente-directrice générale d’Alternatives économiques

Alternatives Économiques est une coopérative (SCOP SA éditrice de presse) créée en 1980 et qui emploie une cinquantaine de salariés, dont une quinzaine à la rédaction. Au total, c’est 3 publications papier et un site numérique avec Alteréco +. En 2015, le titre a fait plus de 6 millions de chiffre d’affaires.

Alternatives Économiques est donc une réussite économique et a longtemps vécu de la diffusion papier (assez peu des revenus publicitaires). Mais les temps ont changé : depuis 2012, le média voit sa diffusion chuter (- 20% d’abonnés et -30% de ventes en kiosques en 5 ans).

Très prochainement, un nouveau site misant sur l’abonnement sera en ligne. Alternatives Éco a également recours à des campagnes annuelles de don et de crowdfunding auprès de ses lecteurs.

 

L’activité hors presse représente aujourd’hui 10% du chiffre d’affaires du groupe (600 000 euros) et « permet de compenser modestement la baisse du chiffre d’affaires réalisé sur la diffusion papier. » 

« Alternatives Économiques s’applique à structurer l’offre et a monté une business unit indépendante des activités presse, avec deux salariés dédiés à temps plein. »

Parmi ces activités hors presse, on a celles liées au métier d’éditeur, avec des prestations réalisées pour le compte d’autres publications indépendantes, souvent plus petites (secrétariat de rédaction, gestion d’abonnement ou de service client, régie publicitaire, maquette) et des activités liées à l’expertise sur des sujets économiques et sociaux.

Alternatives Économiques s’est notamment doté d’un département “Études et Communication” qui consiste à élaborer des études économiques sur des sujets divers et des documents de communication avec une approche journalistique que les entreprises n’ont pas forcément en interne.

L’autre type d’activité hors presse concerne la rédaction de synthèses de réunions et de colloques, de débats, de réunions de CE, de comptes-rendus…

Alternatives Économiques propose par ailleurs une activité de formation sur-mesure inter et intra-entreprises sur les sujets économiques et sociaux. Une activité sur laquelle le média ne parie pas car mise à mal par la réforme de la formation professionnelle.

Enfin, le titre de presse explore aussi le champ de l’événementiel avec un forum à l’image de ce que fait Libération, consacré à l’économie autrement, qui se tiendra à Dijon en novembre prochain. Ce forum sera financé par des collectivités et par des sponsors privés (essentiellement des acteurs de l’économie sociale et solidaire).

La rédaction est sollicitée sur l’activité de formation mais pour l’événementiel et les rédactions de synthèses, tout est externalisé.

« Dans tous nos choix, nous veillons à respecter la cohérence de l’activité avec la marque et ses valeurs et à générer une marge suffisamment importante pour compenser les marges négatives de l’activité presse. »

Camille Dorival met en garde contre les risques de la diversification des sources de revenus : il faut veiller à ne pas se perdre dans ces activités hors presse au détriment de sa mission originelle.

Alternatives Économiques a par ailleurs bénéficié d’une subvention d’État non négligeable, créée pour les éditeurs IPG (Information Politique et Générale) à faible ressource publicitaire.

« On a mis du temps à faire état de nos difficultés économiques auprès de nos lecteurs. Dans notre numéro de juin 2015 nous avons fait un appel à soutien en les sollicitant sur de l’abonnement ou des dons. »

Un certain nombre de lecteurs n’avaient pas conscience de l’indépendance de la presse et ont fait la démarche de s’abonner.

« L’année dernière, le chiffre d’affaires issu de la presse papier est remonté et celui des abonnements aussi, avec 3 000 abonnés supplémentaires. »

 

À découvrir à la rentrée : les résultats d’une étude européenne de Nesta sur les sources de revenus des médias hyperlocaux et à laquelle Ouest Médialab a participé. 

À lire aussi dans Chantiers numériques #23, la veille collaborative du cluster : 

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