Retour aux actualités

22 avril 2024

Le papier n’a pas dit son dernier mot : témoignage de trois médias nantais

© David Marmier

À l’occasion du Forum Culture Presse qui se tenait à Nantes du 12 au 14 avril, Ouest Médialab a organisé lors de la journée ouverte au grand public une table ronde intitulée “Le papier n’a pas dit son dernier mot” avec trois médias nantais qui ont fait le choix du support imprimé : Les Autres Possibles et Pépites Magazine, deux adhérents de notre association, ainsi que la revue Étonnantes.

L’enthousiasme. Voici l’état d’esprit que partagent les trois fondateurs et fondatrices de médias autour de la table ce vendredi 12 avril à la Cité des Congrès à Nantes. Durant une heure, Marie Le Douaran (Les Autres Possibles), Denis Audureau (Pépites Magazine) et Solenn Cosotti (Étonnantes) ont pu présenter leur publication et échanger sur leurs pratiques et leur rapport au format imprimé. Car leur autre point commun est d’avoir fait le choix du format papier pour créer leur média. C’est pourquoi, Ouest Médialab les a invités à partager leur expérience à l’occasion du Forum Culture Presse, l’événement des marchands de presse. On vous propose un résumé de leurs échanges.

Leur média et leur ligne éditoriale

Solenn Cosotti a lancé Étonnantes en 2019. C’est une revue auto-édité indépendante et sans publicité qui “donne la parole aux femmes du quotidien qu’on n’a pas l’habitude d’entendre et invite à faire réfléchir aux féminismes”. L’idée de lancer ce média féministe est venue après avoir travaillé en tant qu’institutrice auprès de nombreuses femmes, dont elle avait envie de raconter le parcours ou de recueillir les témoignages. Étonnantes est un semestriel de 148 pages imprimé à 700 exemplaires.

Pour définir Pépites Magazine, Denis Audureau utilise trois mots clefs “humain, local et positif”. Il a créé ce magazine semestriel gratuit en 2017, après une carrière dans l’imprimerie. Pépites met en valeur le vignoble nantais, un territoire de 105 000 habitants et 27 communes, “autrement que par la viticulture”. Le magazine emploie une douzaine de personnes dont cinq à la rédaction.

Les Autres Possibles est le plus ancien de ces jeunes médias. Créé en 2016, le média qui se déplie sous formes de carte s’attache à mettre en avant des “solutions durables et solidaires de société” principalement à Nantes et dans son agglomération, à travers du journalisme de solutions. Le magazine est bimestriel et distribué à 3 000 exemplaires. Après 44 numéros, l’équipe travaille sur une nouvelle formule en novembre. “On va essayer de mieux comprendre pourquoi on n’arrive pas à déployer ces solutions, avec des récits intimes notamment”.

Le choix du papier pour le temps long

Tous les trois voulaient proposer “un bel objet qui se garde”. C’est pourquoi le choix du papier s’est fait naturellement. “Ce que racontent les femmes dans Étonnantes aujourd’hui restera valable dans deux ans. Le papier permet l’intemporalité”, souligne Solenn Cosotti. Pour Les Autres Possibles, le papier est aussi synonyme de “journalisme qualitatif et de temps long”. Les numéros ont été pensés pour être collectionnés. La revue fait ainsi appel à des artistes pour réaliser le graphisme de chaque numéro. Cette importante accordée à l’esthétisme est aussi un point commun des trois publications. Pour Denis Audureau, “chaque couverture doit être une œuvre artistique qui peut rester dans une salle d’attente ou un salon”.

Mais le format papier a aussi ses inconvénients avec un tarif qui a doublé en quatre ans. “Au-delà du prix du papier, il y a aussi le coût de l’énergie qui augmente pour les imprimeurs”, rappelle Solenn Cosotti. Pour faire face à cette hausse, Les Autres Possibles n’a pas pu réduire la pagination, du fait du format de la revue. Ils ont donc réduit le grammage et la parution. “Malgré cela, il nous coûte plus cher qu’il ne nous rapporte”, explique Marie Le Douaran. Un numéro des Autres Possibles coûte environ 14 000 euros à produire, contre 8 à 10 000 euros pour Étonnantes et 60 000 euros pour Pépites Magazine.

Pour la distribution, des réseaux alternatifs

Lancer un média papier, c’est aussi organiser sa distribution. L'équipe des Autres Possibles a choisi de se passer des réseaux de diffusion traditionnels en tissant son propre réseau. Aujourd’hui le magazine est distribué dans 120 points de vente, démarchés individuellement. Il s’agit principalement d’épiceries, bar, restaurants ou librairies. L’équipe a même imaginé un présentoir “qui peut tenir sur un bout de caisse” pour mieux vendre son magazine. De son côté Solenn Cosotti mise uniquement sur les librairies. Elles les a contacté une à une individuellement. Aujourd’hui “des lecteurs et lectrices qui ne veulent pas passer par la boutique en ligne commandent la revue par l’intermédiaire de leur libraire”.

Pépites Magazine est distribué en boîte aux lettres pour la grande majorité : 15 000 numéros. 5 000 sont aussi distribués dans 450 points du territoire, des lieux où se trouvent une salle d’attente. “Cela permet aux annonceurs d’avoir le sentiment d’être vus un peu partout.” Chaque nouveau numéro est aussi l’occasion d’une soirée de lancement, un événement festif qui réunit les annonceurs, partenaires et ceux qui interviennent dans le magazine. Ce que propose également Solenn Cosotti pour sa revue.

Et le numérique dans tout ça ?

Malgré le choix du papier, tous sont aujourd’hui présents sur le numérique. “Mais nous ne sommes pas un bi-média” rappelle Marie Le Douaran. Sur le site des Autres Possibles, on retrouve la boutique en ligne et quelques actus du magazine. C’est principalement via les réseaux sociaux, Instagram et Linkedin en tête, et une newsletter, que l’équipe tisse un lien avec ses lecteurs. Pour Étonnantes, Solenn Cosotti utilise aussi principalement Instagram pour montrer les coulisses des interviews, ainsi qu’une newsletter mensuelle avec des interviews inédites et des recommandations culturelles. Pépites Magazine a recruté une personne chargé du numérique et des réseaux sociaux en 2021. “Ça se conjugue complètement avec le mag. On raconte d’autres histoires.

Et si c’était à refaire ? Tous les trois sont unanimes, ils lanceraient leur média imprimé sans hésiter !