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26 janvier 2026

Comment l’IA transforme l’info locale en 2026 ?

Pour comprendre comment l’intelligence artificielle impacte les médias locaux, nous avons interrogé plusieurs responsables de rédactions de proximité et experts du secteur, via un appel à contributions. Voici leurs témoignages.

Olivier Greoli

responsable pôle innovation

« À mes yeux, l’intelligence artificielle ne transforme pas d’abord les outils du journalisme, mais en interroge le sens. Elle rend accessibles des contenus génériques et standardisés, souvent éloignés des réalités locales.

Dans ce contexte, le rôle d’une rédaction locale devient essentiel : être sur le terrain, comprendre les enjeux d’un territoire, hiérarchiser l’information et en garantir la fiabilité.

L’IA peut être un appui pour gagner du temps ou renforcer la pédagogie, mais elle ne remplace ni la présence humaine ni la confiance construite avec le public. Le risque serait de céder à l’uniformisation.

L’opportunité, au contraire, est de réaffirmer un journalisme incarné, utile et responsable, notamment lors des élections locales.

À l’ère de l’IA, la question n’est plus « que peut produire une rédaction ? », mais « pourquoi une information produite ici, pour ce territoire, mérite encore la confiance du public ? »

Laurent Riéra

Directeur de la communication

Évolution des métiers et des audiences
« Une des questions les plus prégnantes est comment influencer les moteurs de réponses ? Qu’est-ce qui va remplacer le référencement classique ? Nous en sommes au début du questionnement, en essayant de trouver des réponses (collectives) qui ne « standardisent » pas trop nos contenus. »

L’apport de l’IA dans les rédactions
« Ce sont vraiment les possibilités offertes par NotebookLM qui semblent les plus intéressantes sur le plan éditorial, notamment dans le traitement des archives. Sachant que nous menons en parallèle un travail pour essayer d’adapter Ragarenn, une IA souveraine locale (développée avec l’université de Rennes), aux standards de Notebook. »

Les risques pour l’info locale
« C’est vraiment la standardisation et donc l’appauvrissement éditorial dont il faut nous méfier. Par ailleurs, la dépendance accrue à l’IAG porte en creux le risque d’une perte (rapide) de compétence journalistique (esprit critique, vérification croisée, multiplicité des sources et des points de vue, style, etc.). »

Gilles Danet

Secrétaire numérique

« En 2026, l’IA est à la fois une opportunité pour les entreprises de presse en favorisant la prise en charge de tâches à faible valeur ajoutée journalistique au profit d’un approfondissement de l’information. C’est aussi l’occasion de montrer en quoi une entreprise de presse se distingue des acteurs de production de contenu en masse à la crédibilité parfois douteuse. L’IA pousse à la différenciation.

L’un des premiers changement dans les rédactions va toucher l’approche SEO supplantée par le GEO et le AEO. Cela suppose une réorientation d’années de formation et d’évolution de la titraille et de l’écriture des textes. La course à l’audience poursuit son évolution avec la perte des apporteurs d’audience traditionnels, réseaux sociaux ou moteurs de recherche, au profit d’autres vecteurs d’audience, de nouveaux publics et de nouveaux marchés à identifier.

L’évolution dans les rédactions porte aussi sur de nouveaux outils avec une aide à l’investigation, à la mise en forme vidéo et à l’élargissement de nombre d’angles autour d’un même sujet. Elle porte surtout sur la diversification des formats audio, vidéo, sociaux à partir d’un même article originel vérifié. »

Sébastien Girardel

Responsable éditorial IA

« En 2026, l’IA transforme l’info locale en automatisant le socle industriel du métier : transcription, correction et analyse de documents complexes. Le gain est structurel : moins de temps passé à fabriquer du texte, plus de temps pour l’angle, le terrain, la vérification et l’enquête. L’analyse assistée de délibérations, marchés publics, budgets, rapports techniques ou judiciaires donne au journaliste de PQR une capacité d’investigation jusqu’ici hors de portée, avec une efficacité et une profondeur inédites.

Les métiers évoluent vers la décision éditoriale, la preuve et l’interprétation. Les audiences deviennent plus volatiles, sous forte dépendance aux plateformes, ce qui impose des contenus plus différenciants et plus rigoureux. Les modèles économiques restent fondés sur la performance numérique : l’IA devient un levier direct de qualité et de valeur éditoriale.

Dans les rédactions, l’IA impose des process structurés, des outils de scoring et une production rationalisée : produire moins, mais mieux.

Pour les municipales, elle accélère la veille, la détection de signaux faibles et le fact-checking à grande échelle. »

Aurélie Rousseau

Directrice

« L’intelligence artificielle s’inscrit dans une évolution déjà engagée de nos métiers. À TVR, journalistes comme monteurs sont de plus en plus polyvalents, sollicités sur plusieurs supports, avec des exigences de réactivité accrues. L’IA s’ajoute à nos outils et accompagne cette transformation.

Concrètement, l’IA est déjà intégrée à nos outils techniques, notamment en montage, avec des fonctions automatisées qui facilitent le dérushage, la transcription ou les tâches répétitives. Elle permet de gagner en rapidité et en confort de travail, et de se recentrer sur le cœur de nos métiers : le terrain, la vérification et le récit.

Pour les municipales, l’IA pourra aider à analyser des documents, comparer des programmes ou préparer des synthèses. Mais la couverture restera humaine : rencontrer les candidats, écouter les habitants et capter les enjeux locaux ne s’automatise pas.

L’opportunité majeure, c’est de renforcer la qualité de l’info locale. Si l’IA est bien utilisée, elle peut nous libérer du temps pour être encore plus présents sur le terrain, plus proches des habitants, plus pédagogues. Elle peut aussi aider à mieux valoriser nos contenus sur le numérique. »

Arnaud Le Vu

Cofondateur

« L’IA est déjà omniprésente dans les outils du quotidien des journalistes. De nombreuses extensions de WordPress telles que Yoast SEO ou Jetpack, les logiciels Adobe comme Lightroom, ou les outils comme Mailchimp sont dopés à l’IA. Sans que ce soit une révolution, l’IA impacte forcément notre façon de travailler au jour le jour.

Côté local, voici un exemple très concret de dérive dans les Pyrénées-Orientales. Un journal gratuit a revendu sa marque à un estonien. L’intégralité du contenu du site (texte et photos) est désormais généré par IA. Rien de ce qui est publié n’existe vraiment sur le territoire. Ni les lieux à visiter, ni les sites touristiques, ni parfois même les villages. On a eu des collectivités et musées qui nous ont appelés désemparés et en colère, totalement impuissants face ces contenus présents sur… Google Discover. Et que dire du signal envoyé par l’agrément CPPAP de « Var Actu » en décembre dernier…

Côté search, on s’attend au pire avec l’arrivée en France d’AI Overview.

Note : l’IA ne pourra pas remplacer l’information de terrain, donc locale. »

Daniel Fallet

Consultant/journaliste

« En 2026, l’IA a cessé d’être un gadget pour devenir un outil de travail à part entière dans les rédactions locales. Elle transcrit les interviews, épluche les documents, relit la copie pendant que le journaliste reste sur le terrain. L’IA s’occupe du travail répétitif ; le métier, lui, reste humain.

Cette évolution arrive après une année de rupture. En 2025, les moteurs de recherche, dopés à l’IA, ont commencé à donner des réponses sans renvoyer vers les articles. Le trafic a baissé, mais la leçon est claire : l’information locale ne peut plus dépendre uniquement des clics. Elle doit construire une relation directe avec ses lecteurs, par les abonnements, les newsletters, l’audio.

Dans les rédactions, l’IA agit comme un assistant discret : elle suggère des titres, vérifie la cohérence, aide à structurer. Pour les municipales de 2026, elle permettra surtout de parcourir en quelques secondes des milliers de pages de budgets, de programmes et de décisions locales, offrant une puissance d’analyse inédite.

Reste une règle intangible : tout passe par le regard humain. Car à l’échelle d’une ville, l’information repose avant tout sur la confiance. »