#Fail.Leurs médias se sont plantés. Ils ont rebondi. Voici comment.

#Fail.Leurs médias se sont plantés. Ils ont rebondi. Voici comment.

Ils sont trois à avoir tenté l’aventure grisante, mais risquée, de la création d’un média. L’expérience, désormais digérée, est riche d’enseignements pour les entrepreneurs potentiels. Récits croisés entendus lors de la 7ème journée de la presse en ligne à Paris.

Le début : Sabine Torres, journaliste au caractère bien trempé, a fondé en 2008 le pure player d’information locale Dijonscope, pour faire office de contre-pouvoir. « J’étais ingérable et impatiente, raconte-t-elle. A 25 ans, j’avais déjà rendu fous plusieurs rédacteurs en chef…« . Pour son propre média, elle recrute une équipe de journalistes à qui elle interdit formellement tout voyage ou déjeuner de presse et crée une charte de l’éditeur.

Olivier Tesquet a participé au décollage du site Owni, qu’il a rejoint comme journaliste en 2010, un an après son lancement. Spécialisé dans les cultures numériques, ce site avait été fondé en réaction à la loi Hadopi sur le téléchargement illégal. « On avait un caractère un peu militant, raconte-t-il. Notre rédaction réunissait des journalistes, des développeurs et des graphistes et fonctionnait un peu comme un laboratoire du journalisme numérique. On essayait de produire autre chose que des articles traditionnels : des dataviz, des enquêtes, des applications…« .

Jacques Rosselin, qui avait déjà plusieurs créations de médias à son actif (dont Courrier International), a lancé Canal Web en 1998, qu’il qualifie aujourd’hui de « You tube des années 1990 ». Inspiré par une radio américaine diffusée sur le web, Jacques Rosselin a lancé la toute première télé sur internet, avec des heures d’émissions dans tous les domaines possibles, de la pêche à la mouche aux échecs en passant par l’art contemporain. « En 2000, on a même eu 300 000 téléspectateurs pour les championnats du monde d’échec », sourit Jacques Rosselin.

Le modèle économique : A ses débuts, Sabine Torres a levé des fonds (35 000 euros) et fonctionné avec des publicités. Mais à force de perdre des annonceurs (vu son contenu sans concessions), le site a migré d’un seul coup vers un modèle exclusivement basé sur l’abonnement.

Du côté d’Owni, le site d’information, entièrement gratuit pour l’internaute, était financé par une activité annexe : la création de sites internet et d’applications pour des clients, notamment dans les médias.

Canal Web a quant à lui bénéficié de beaucoup d’argent pour débuter. « A cette époque de la bulle internet, les investisseurs distribuaient de l’argent à seaux« , raconte Jacques Rosselin. Le modèle économique consistait à recruter des abonnés à ces différentes chaînes sur le web.

La chute : A Dijonscope, Sabine Torres n’a embauché que des journalistes, mais aucun technicien ni commercial, ce qu’elle reconnaît aujourd’hui comme une erreur. « Je ne me suis pas trompée de produit mais je ne tenais pas la route niveau gestion et quand un actionnaire nous a laissé tomber, tous les voyants se sont mis au rouge« . L’entreprise dépose le bilan en 2013.

Chez Owni, la croissance de l’équipe est allée vite, trop vite. « Quand je suis arrivé en 2009, nous étions 10, raconte Olivier Tesquet. Un an plus tôt, nous étions 40, avec des salaires entre 2 000 et 4000 euros ». Olivier Tesquet quitte, à regrets, Owni en 2011 et le site met la clé sous la porte l’année suivante, en 2012. « La croissance a été trop rapide… On a été grisés par le bruit médiatique autour de nous… »

A Canal Web, Jacques Rosselin a fait travailler jusqu’à 100 personnes. Mais l’éclatement de la bulle internet a eu raison de ce nouveau média. « En 2001, un fonds d’investissement qui nous avons donné 20 millions depuis 3 ans n’a pas poursuivi avec nous, raconte Jacques Rosselin. Ca a été le coup de massue qui a fait effet domino car plus aucun investisseur ne nous a suivi... » Fin de l’histoire en 2002.

Le rebond. Aujourd’hui, Sabine Torres est salariée et directrice du groupe Médias du Sud, où elle porte le projet de mutualiser des pure players locaux. « Je ne veux plus être journaliste, mais gérante de médias« , confie-t-elle.

Olivier Tesquet, lui, est reporter chez Télérama. « Les anciens d’Owni ont essaimé partout, au Monde, à Libération. D’autres font des formations en data-journalisme. Notre état d’esprit vit toujours, d’une certaine manière« .

Jacques Rosselin, lui, a créé plusieurs télévisions locales, Vendredi Hedbo et est devenu directeur d’une école de journalisme, l’EFJ.

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