Facebook first pour l’info locale ?

Facebook first pour l’info locale ?


Alors que Facebook chamboule à nouveau le monde des médias avec le lancement de son nouveau service Instant Articles qui encourage les éditeurs à publier directement leurs contenus sur sa plateforme, nous avons interrogé deux médias locaux très actifs sur le plus puissant des réseaux sociaux. Catherine Wilmart, directrice de plusieurs publications au sein du groupe Publihebdos (dont Le Journal des Sables), et Xavier Collombier, rédacteur en chef du site web de France 3 Pays de la Loire, nous éclairent sur leur usage de Facebook.

Depuis quand publiez-vous des posts sur Facebook ?

Le Journal des Sables (LJDS) : “Le compte Facebook est ouvert depuis 2010. Mais on va dire que c’est à l’été 2013 qu’on a vraiment commencé à utiliser plus intensivement Facebook. On avait déjà un peu plus de 2 000 fans (10 000 aujourd’hui). Parallèlement on relançait notre site internet en y publiant davantage d’articles.”

France 3 Pays de la Loire (F3 PDL) : “Nous avons créé notre compte Facebook en 2009 et notre page en 2010. Nous sommes passés à la vitesse supérieure suite à un changement imposé de notre URL et une perte significative de notre audience via les moteurs de recherche. L’arrivée d’une application spécifique aux régions de France 3 pour smartphone et tablette l’été dernier, et l’augmentation de la consultation de notre site en mobilité, nous ont poussés à jouer à fond la carte Facebook. Première appli mobile en terme de trafic sur Androïd et iPhone, c’est le vecteur idéal pour capter cette audience. En cliquant j’aime, les mobinautes s’abonnent de fait à notre fil info et à nos contenus, à nous de faire en sorte de remonter le plus possible avec des contenus pertinents sur leur appli Facebook.”

Quels types d’articles sont partagés sur vos pages Facebook ?

LJDS : “Nous sommes opportunistes et nous partageons en priorité des articles qui ont un potentiel important : faits divers tout chauds, par exemple, et parfois ce sont de petits faits divers, qui n’atterriront jamais dans le journal. D’une manière générale, nous partageons ce qui fait causer dans les cafés : anecdotes étonnantes, amusantes, infos locales qui vont avoir un impact sur la vie concrète des gens (travaux, nouvelle règlementation, nouveaux commerces etc)… Notre critère : est-ce que vous avez envie de raconter ça à votre conjoint(e) à vos amis, à vos voisins… ? On privilégie également les articles qui concernent les jeunes adultes, très réactifs sur les réseaux. Si c’est une actu toute chaude, étonnante et « jeune », c’est le carton assuré !”

F3 PDL : “Avec la photo météo du jour et notre vidéo quotidienne des ciels ligériens fournie par nos communautés, les faits divers sont aussi les contenus les plus partagés”.

Combien de post publiez-vous en moyenne par jour ?

LJDS : “Pas beaucoup. Disons quatre ou cinq.”

F3 PDL : “Entre 15 et 20 posts par jour. Une augmentation de 50% en un an et un vrai travail de community management à maîtriser pour notre équipe !”

Quel pourcentage cela représente par rapport au volume d’articles publiés sur vos sites ou éditions papier ?

LJDS : “Un pourcentage faible chez nous. Peut-être 15%.”

F3 PDL : “Sur le site nous sommes à une moyenne de 10 entrées par jour. 7 jours/ 7.

Y-a-t-il du contenu que vous ne publiez que sur Facebook, et qui n’est pas diffusé sur votre site web ou dans l’hebdo ?

LJDS : “Facebook nous sert de vitrine pour le site internet. Donc 95 % de nos posts contiennent un lien qui renvoie vers le site. Les infos les plus futiles ou les plus « jeunes » ne se retrouvent pas systématiquement dans le journal papier. Le plus souvent, elles y sont, mais moins mises en valeur.”

F3 PDL : “Nous utilisons Facebook comme outil d’interactivité dans notre émission matinale « Pays de La Loire Matin« . Les internautes échangent avec nous sur les thématiques de l’émission via Facebook et nous partageons les réactions pendant l’émission avec des capture de notre page : les astuces de nos communautés autour d’un sujet les concernant, leurs trucs en matière de recette, leur avis sur une question de santé, leur question à notre véto etc. On publie des appels à contribution, des photos des coulisses, on ne contentent pas de poster sur Facebook des liens vers les articles ou vidéos mises en ligne sur notre site.”

Combien de vues, de likes et de commentaires en moyenne sur un post publié ?

LJDS : “Aujourd’hui, un post qui fait un « flop » atteint les 5 000 vues. A partir de 10 000 on considère qu’il marche bien. 20 000 c’est assez fréquent, et on est allé jusqu’à 100 000 le jour de l’élection de Mister France qui était un jeune Sablais ! Concernant les « likes » et les commentaires, c’est très variable. Beaucoup de posts dépassent les 100 likes. Si c’est un événement heureux ou une belle photo du coin, ça peut facilement atteindre et dépasser les 500.”

F3 PDL : “En moyenne nous sommes à 1 500 vues par post. Le taux d’engagement moyen est autour des 20 likes et de 4 commentaires par post.”

Quel genre d’articles génèrent le plus d’interaction et d’engagement avec les lecteurs ?

LSJD : “Sans surprise : ce qui ferait le plus parler dans un café. Par exemple tout ce qui est un peu polémique. A l’heure où je vous parle, un post sur l’instauration d’une amende pour les crottes de chien aux Sables-d’Olonne publié il y a trois heures a déjà suscité 272 likes, 63 partages et une soixantaine de commentaires !”

F3 PDL : “ Les animaux, le fait divers, la vidéo évidemment du fait de la priorité donné par Facebook à ce genre de contenus via l’EdgeRank, sont sujets et les contenus qui marchent le mieux.”

Savez-vous si vos fans Facebook sont aussi des lecteurs du journal papier ou des télespectateurs ? Ont-il le même profil ?

LJDS : “Difficile à dire. En tout cas, beaucoup d’entre-eux connaissent le journal papier. On le constate souvent dans les commentaires. Certains éléments permettent de supposer qu’ils sont en moyenne un peu plus jeunes.”

F3 PDL : “On ne le sait pas sinon par la nature de leur commentaire, pour l’actu ce ne sont pas nos téléspectateurs mais des consommateurs de notre site web. Pour les émissions de programme – et bien évidemment Pays de La Loire Matin – nos téléspectateurs sont très actifs pour commenter nos posts, c’est l’agora de l’émission. Nos Facebookeurs ne sont pas plus jeunes que nos téléspectateurs et ils viennent de toute la France et de l’étranger (60% du trafic est selon les statistiques de notre page issu de la région Pays de La Loire).

Ces fans vous font-ils remonter des informations utiles à la rédaction ?

LJDS : “Oui très souvent. Pour les faits divers, par exemple, il est très fréquent que dans les commentaires les proches des protagonistes voire les protagonistes eux-mêmes nous donnent des informations. Parfois nous comprenons aux nombres de commentaires que la victime était quelqu’un de très connu et qu’il convient de lui consacrer un article d’hommage. Il y a également des personnes qui écrivent sur notre mur. Par exemple, nous avons appris que la route côtière de Cayola s’était écroulée, l’hiver 2014, par un message et une photo postés sur notre mur quelques minutes après la catastrophe.”

F3 PDL : “La rédaction utilise encore mal l’outil et il est rare que les propositions des internautes soient jugées pertinentes par les journalistes.”

Quelle est la part de Facebook dans les sources de trafic de votre site web ?

LJDS : “Environ 60 %, c’est particulièrement élevé. Il y a très fort sentiment d’appartenance communautaire qui règne autour des Sables-d’Olonne. Et bien sûr, l’opportunisme et le sens de l’info de nos trois journalistes, qui connaissent particulièrement bien leur communauté, expliquent ces chiffres.”

F3 PDL : “De 15 à 45%, en fonction de la nature émotionnelle des sujets traités. Un gros faits divers (meurtre, disparition…) ou une manifestation et le trafic du site via Facebook est boosté.”

Quelques questions plus spécifiques pour France 3 : publiez-vous directement des vidéos sur Facebook ? Depuis quand ? Quel type de vidéo ? Quelle volume ? Quelle fréquence ? Pour quel résultats d’audience par rapport à YouTube ou Pluzz ?

F3 PDL : “Nous publions directement dans Facebook toutes nos bandes-annonces de programmes (documentaire, vue sur Loire, Prise d’antenne exceptionnelle, voix est libre etc…), le résumé en images de l’actualité régionale du Soir 3. Nous testons également la publication directe de sujets un peu en dehors de l’actu (découverte, tourisme, patrimoine…). Si effectivement, la vidéo est partagée et commentée, nous publions ensuite un article sur notre site web. Il nous arrive également de publier un post avec un lien vers un de nos articles et de rajouter la vidéo dans ce même post pour booster l’engagement. Une stratégie payante.

Nous publions, avec une stratégie « média sociaux » renforcée, beaucoup plus de vidéos sur Facebook depuis 6 mois suite aux changements d’algorithme. Ces vidéos vues en moyenne 10 fois plus que sur YouTube et 100 fois plus que sur Pluzz. Gros bémol cependant le VU Facebook correspond à un roll, en mobilité les internautes ne cliquent pas forcément pour entendre la vidéo et le visionnage est du coup assez passif.”

Dernière question : si demain Facebook vous propose de publier directement vos articles sur sa plateforme via Instant Articles (et vous reverse 70% des revenus publicitaires), êtes-vous prêt à jouer le jeu ?

LJDS “Je suis désolée, mais je ne peux répondre pas à cette question qui relève de la stratégie du groupe Publihebdos.”

F3 PDL : “Oui évidemment. Seulement au regard de l’outil il nous faut investir dans la qualité graphique des contenus de nos sites (vidéo en HD + photo en très haute résolution) et en ressource supplémentaire : aujourd’hui nous avons moins de 4 équivalents temps plein pour le web contre 104 pour l’antenne au quotidien. Les régions de France 3 ne sont pas encore armées pour être à la hauteur de l’enjeu proposé par Facebook avec Instant Articles. La réponse sera donnée par la nouvelle présidence de France Télévisions et par une réorganisation en profondeur de nos organisations. Il est évident que pour exister demain sur Facebook, nous n’aurons d’autre choix que d’investir Instant Articles avec les outils et les moyens adhoc.”

 

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