Ils font bouger la presse : témoignages d’innovateurs

Ils font bouger la presse : témoignages d’innovateurs

Ils ont tous créé un média innovant et souhaité partager leurs recettes lors de la 7ème journée de la presse en ligne. Revue de détail de leurs conseils sous forme de dix commandements pour futurs entrepreneurs.

1. Avoir un projet éditorial fort : Devant l’inflation d’informations disponibles sur Internet, la meilleure manière de se distinguer est de proposer du contenu à forte valeur ajoutée. « Notre envie, c’était de produire du contenu 100% original, et pas de faire de l’agrégation ou de la curation », explique ainsi Jean-Bernard Schmidt, vice-président de Spicee, site de vidéos à la demande sur Internet. Même démarche du côté de l’écrit pour Isabelle Roberts, co-fondatrice et présidente du pure player Les Jours : « On n’a jamais eu autant d’informations mais on n’a jamais eu autant de mal à être informé. D’où l’idée d’un site qui fait des choix pour répondre à cette asphyxie« .

2. Penser immédiatement à son modèle économique : Pas question de séparer modèle éditorial et modèle économique, préviennent ces innovateurs. « Quand on vient de la presse, on est souvent fâché avec le business, reconnaît Jean-Bernard Schmidt, qui travaillait auparavant pour Capital sur M6. Il faut donc accepter de muter et d’entrer dans une autre dimension« . Spicee repose ainsi sur un modèle payant, sans publicité. Tout comme Les Jours, qui comptent déjà 6500 abonnés.

3. Ciseler son offre commerciale : Reste à conquérir des abonnés. « L’une des principales difficultés, c’est de parvenir à définir son offre commerciale, témoigne le vice-président de Spicee. Pour cela, il faut définir un prix, savoir à qui on s’adresse et vérifier si c’est bien lisible sur le site. On a trop longtemps considéré que la partie commerciale n’était pas noble dans la presse, alors qu’il faut savoir vendre son produit…« . Isabelle Roberts reconnaît des tâtonnements dans la définition de l’offre commerciale. « Au début, on avait proposé une version pilote à 1 euros par mois pendant trois mois, et on est directement passé à 9 euros alors qu’on aurait dû faire ça de manière moins brutale. C’est important de travailler en bonne intelligence avec le marketing« .

4. Diversifier ses sources de financement : Compter sur ses abonnés ne suffit pas pour démarrer car la fidélisation du lectorat peut prendre des années. D’où la nécessité de multiplier ses sources de financement, comme Les Jours, qui a pu compter sur les deniers de ses fondateurs, un appel au financement participatif et une levée de fonds. Autre source, l’equity crowdfunding, où les contributeurs deviennent des actionnaires du journal.

5. Fédérer une communauté : Un an avant son lancement, Les Jours a travaillé à fédérer une communauté. « On a fait une construction à ciel ouvert, en présentant notre projet, notre équipe et en racontant la naissance de notre média à travers une newsletter hebdomadaire, raconte Isabelle Roberts. Nous sommes aussi allés partout en France pour présenter notre offre au public. On a pu constater que les gens sont très sensibles à notre indépendance« . Même stratégie pour Spicee. « La notion de communauté est fondamentale, estime Jean-Bernard Schmidt. Mettre en avant notre marque et son image d’indépendance est l’un des ressorts du soutien du public à notre média. Comme nous ne dépendons de personne, notre seule motivation à faire un sujet est de trouver ça chouette« .

6. Identifier des « influenceurs » : Pour attirer vers son contenu, le meilleur moyen consiste à identifier des influenceurs, capables de mobiliser leur communauté. C’est ce que fait Spicee, en proposant notamment des vidéos très spécifiques et donc « très communautaires ». Comme ces vidéos estampillées « Vinyle bazar » où l’on part à la découverte d’un pays à travers son histoire musicale. « On a beaucoup tâtonné avant de trouver les bons relais mais ça a marché, confie le vice-président de Spicee. On essaie d’attirer les jeunes avec ces contenus moins généralistes ».

7. Penser à de nouveaux modes de diffusion : L’avantage du web, c’est aussi de sortir d’un modèle unique de diffusion. « Dans un journal papier, tout est cannibalisé par le mode de distribution qui est très lourd, constate Isabelle Roberts, ancienne de Libération. Avec Les Jours, on peut exploiter toutes les potentialités du numérique. Pour cela, disposer d’un développeur en interne nous permet d’être très agile. Quand on voit qu’une newsletter n’a pas assez de taux d’ouverture, on change« . La diffusion peut aussi s’opérer sur d’autres canaux, comme le livre, avec des ouvrages co-édités avec les éditions du Seuil reprenant les épisodes publiés par Les Jours. « C’est une collaboration qui va durer plusieurs années, indique Isabelle Roberts. Cela correspond à notre modèle éditorial et c’est un moyen d’augmenter notre notoriété« .

8. Croiser les compétences : Après 10 ans en presse écrite (5 à Libération et 5 à Terra Eco), la journaliste Karen Bastien a co-fondé le site WeDoData, agence de data-journalisme pour des médias, des acteurs publics, des ONG, etc. « Je travaille avec des designers, des développeurs, des motion designers, détaille-t-elle. Autant de profils que les médias n’embauchent pas en interne. Nous sommes en quelque sorte le pôle de recherche et développement que les médias ne peuvent pas avoir ». Nicolas Vanbremeersch, président et fondateur de Spintank, croit beaucoup à cette porosité des métiers : « Notre agence de communication réunit aussi bien des journalistes que des designers, des techniciens, des communicants. Cette mixité est très intéressante. Les médias devraient davantage s’ouvrir à ces nouveaux profils. Le journaliste ne devrait plus travailler seul…

9. Expérimenter par soi-même : Pour Nicolas Vanbremeersch, la jeune génération a tout intérêt à créer son propre média en expérimentant par elle-même toutes les opportunités offertes par le web : rédiger un blog, créer sa chaîne You Tube, entretenir des contacts avec ses lecteurs…

10. Faire preuve d’humilité : Tous ces innovateurs le disent. « Il en faut beaucoup car on se prend souvent des murs, face à des investisseurs qui ont peur de mettre de l’argent dans la presse, prévient Isabelle Roberts, des Jours. Il faut aussi savoir qu’il faut beaucoup de temps pour construire sa communauté et pour se faire connaître« . Autre conseil de Karen Bastien, de WeDoData : « Ne jamais se reposer sur ses lauriers et avoir toujours 3 à 4 crans d’avance... ».

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