Børsen ou l’incroyable transformation d’un journal papier déficitaire en leader numérique rentable

Børsen ou l’incroyable transformation d’un journal papier déficitaire en leader numérique rentable

Le journal danois Børsen, qui traite d’actualité économique, a vécu ces dernières années une transition numérique exemplaire. Son rédacteur en chef et PDG témoignait lors de la 7ème journée de la presse en ligne à Paris.

Anders Krab-Johansen est à la fois le rédacteur en chef et le PDG du journal danois Børsen. C’est aussi l’artisan d’une transition réussie du papier vers le numérique pour ce journal économique né il y a 120 ans. « Ces deux rôles sont traditionnellement séparés, reconnaît-il. Mais quand on doit changer très vite, il faut pouvoir prendre des décisions rapidement. Quand on crée du contenu, il faut penser au business en même temps ».

La recette du succès? Suivre au plus près l’évolution des habitudes du lectorat, en proposant des articles, des vidéos et du contenu à haute valeur ajoutée du petit matin jusqu’au soir, week-end compris, sur une multitude de supports : ordinateur, tablette, mobile… « Avec l’arrivée des I-pad et des I-phone, les gens se sont informés autrement qu’avec le papier, poursuit Anders Krab-Johansen. On a donc arrêté de mettre tout notre argent dans la distribution du journal et misé sur le développement du numérique ».

Des abonnements plus chers

Quelques chiffres attestent de cette réussite : en 2009, le journal comptait 65 000 abonnés à l’édition papier, pour un bénéfice de 1,2 million d’euros. En 2016, il affiche 40 000 abonnés, papier et numérique confondus (dont 7 000 pour le seul abonnement digital, chiffre en constante augmentation) pour un bénéfice de…9,2 millions!

La clé de l’énigme? Des abonnements plus chers, des offres moins nombreuses et plus lisibles pour l’acheteur (4 formules seulement). Des revenus publicitaires en augmentation (35% des revenus du journal). Mais aussi un contenu très qualitatif. « Pour cela, il est important de savoir pour qui on écrit, de bien connaître son marché. Or, dans le secteur du business, les gens sont prêts à payer pour avoir de l’information ».

Des informations positives

Côté organisation, le journal a négocié un accord avec les syndicats de journalistes pour que ces derniers puissent travailler en horaires décalés (tôt le matin, tard le soir), le week-end, qu’ils réalisent des photos, des vidéos ou des graphiques. Un « haut niveau de flexibilité » avec pour contrepartie des salaires élevés et 7 semaines de vacances dans l’année.

En matière de contenu, Børsen mise à la fois sur un suivi en temps réel de l’actualité économique du pays, des analyses très techniques et des informations dites positives. Anders Krab-Johansen, qui vient d’écrire un ouvrage sur l’optimisme, demande ainsi à ses journalistes de trouver des entreprises qui « vont bien » et de raconter pourquoi. « Mon livre a influencé ce que nous faisons au journal, avoue-t-il. Nous sommes désormais connus comme un média positif, ce qui n’enlève pas notre sens critique ».

Stratégie sur les réseaux sociaux

Enfin, tous les journalistes travaillent dans la même salle de rédaction (newsroom) où sont produits articles, vidéos, graphiques et contenus pour les réseaux sociaux. « De cette manière, tout le monde peut travailler ensemble quand une actualité chaude tombe », souligne le PDG.

Quant aux réseaux sociaux, Anders Krab-Johansen y voit un moyen de susciter de l’intérêt pour son journal et d’attirer de nouveaux abonnés, en diffusant un seul article gratuit par jour. « Il faut y aller pour de bonnes raisons et être sûrs de ce qu’on y fait, prévient-t-il. Le plus grand risque étant de donner son contenu gratuitement. Car l’information de qualité a un prix ». Tout est dit!

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