[INTERVIEW CROISÉE] “Ouest Médialab permet de partager et de confronter ses expériences”

[INTERVIEW CROISÉE] “Ouest Médialab permet de partager et de confronter ses expériences”

Le 14 novembre dernier, à l’issue de l’Assemblée générale de l’association, le Conseil d’administration de Ouest Médialab a désigné un nouveau bureau. Michel Barthen, directeur régional de France 3 Pays de la Loire, a été élu Président de l’association et ainsi pris le relai de Jeanpierre Guédon, Professeur à Polytech (Université de Nantes) et désormais Vice-Président de Ouest Médialab. L’occasion de faire le point avec eux sur la genèse du cluster et les grands projets à venir.

En tant que Président et Vice-Président de Ouest Médialab, vous représentez les valeurs, les convictions et les raisons d’être de l’association. Quelles sont-elles aujourd’hui ?

JEANPIERRE-CERCLEJeanpierre Guédon : « Les convictions de Ouest Médialab, c’est de réunir toutes les parties prenantes du cluster des médias, de sorte à ce qu’elles soient plus fortes ensemble pour effectuer leur transition numérique. Qu’elles puissent aussi réfléchir collectivement à l’avenir des médias, aux nouvelles opportunités et aux nouvelles menaces qui pèsent sur le secteur. »

 

MICHEL-BARTHEN-CERCLEMichel Barthen : « Ouest Médialab regroupe des médias, des gens qui forment, des institutions, des agences de presse, des indépendants. Tous sont confrontés à ce défi numérique. Je crois que ce qui est important dans la matière, c’est d’être ensemble pour partager des expériences et être plus forts pour trouver des solutions face à ces enjeux.

Je suis le représentant de France 3 et France 3 Pays de la Loire, comme toutes les directions régionales de France 3, veut être un acteur et un contributeur du milieu audiovisuel, du milieu des médias, du milieu du numérique et faire vivre ce milieu, parce que c’est important pour nous aujourd’hui, dans l’ère numérique d’avoir cette ouverture. »

Jeanpierre, vous êtes co-fondateur de Ouest Médialab et avez exercé le mandat de Président de l’association pendant 5 ans. Pouvez-vous revenir sur la genèse et les débuts du cluster ?

Jeanpierre Guédon : « Il y a 5 ans, nous étions 4 membres fondateurs : Pierre Montel, Philippe Roux, Julien Kostrèche  et moi. Le constat sur la dissémination des forces des médias a fait qu’il y avait l’envie, d’abord, le besoin, ensuite, de travailler collectivement.

On a eu des réponses positives de Nantes Métropole et de la Région Pays de la Loire, notamment pour soutenir l’amorçage du cluster. Des débuts de réponses positives également de la Bretagne. C’est comme ça qu’on a lancé une grande journée au bout d’un an de travail un peu solitaire pour rassembler une centaine de personnes. C’est à partir de ce moment-là qu’est officiellement née l’association.

Ouest-Medialab-11-avril

Journée de lancement officielle du cluster Ouest Médialab

 

On avait un premier paysage avec des médias, des médias de collectivité, des formations du supérieur, des labos de recherches puis des entreprises, ayant un rôle de fournisseur ou de facilitateur pour les médias. On avait le creuset suffisant pour se lancer. »

Quelles actions ont permis d’accompagner les acteurs locaux de la filière info com dans leur transition numérique et leur proj et d’innovation ?

Jeanpierre Guédon : « Durant les trois années suivantes, on a développé les grands axes définis lors de cette première journée et la colonne vertébrale, c’était le HybLab. L’idée était vraiment de relier toutes les communautés qui constituaient le cluster, avec d’une part les écoles du supérieur et les universités, qui modifient une partie de leurs études pour permettre à des étudiants, issus d’au moins 3 formations différentes, de se rencontrer et de faire des équipes. D’autre part, des médias, quels qu’ils soient, qui venaient avec une problématique.

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L’objectif est de faire grandir chacun. Les étudiants, à la fin du projet, ont fait quelque chose qu’ils n’auraient jamais pensé être capables de faire puisqu’ils ont bénéficié des connaissances et des compétences des autres étudiants. Et ils ont également bénéficié du savoir-faire du média. C’est donnant – donnant car les professionnels des médias vont eux aussi progresser sur le datajournalisme et d’autres formats expérimentés au sein des HybLab. C’est vraiment quelque chose qui a marché du premier coup et qui fonctionne encore. »

© NASSER ZEBIDOUR

Michel Barthen : « Tout ceci montre que Ouest Médialab permet de partager et de s’enrichir par le partage. Pour des médias dits “classiques”, habitués à ne faire que de la télévision, c’est important de s’ouvrir aux plus jeunes, qui ne regardent d’ailleurs pas toujours la télévision et consomment l’information par d’autres moyens. Pour nous, c’est important de proposer des nouveaux formats. Le datajournalisme en est un. C’est une des choses apportées par notre collaboration au HybLab. »

Le partage d’expérience, c’est vraiment un credo pour Ouest Médialab ?

Jeanpierre Guédon : « Oui. Une autre façon de partager cette expérience c’est le Médialab SpeedTrainging qui a lieu pendant la Nantes Digital Week. Ce sont des partages d’expérience en temps réel avec des démos. Le résultat est très enrichissant, on a 400 personnes qui viennent et qui reviennent. Qui vont repartir soit avec l’idée de se lancer tout de suite soit de faire une formation complémentaire, qui peut être donnée par Ouest Médialab ou par ses adhérents et là encore on a une expérience 100% réussie. »

Medialabspeedtraining

Jean Abbiateci au 4eme Medialab SpeedTraining (2017)

Michel Barthen : « Guénolé Seiler, notre délégué numérique à France 3 Pays de la Loire et Claude bouchet, notre éditeur numérique, étaient présents à la dernière édition et m’en ont dit beaucoup de belles choses. D’une part, eux ont pu partager, ce qui montre que nous faisons des choses intéressantes. On fait tous des choses les uns les autres et on se rend pas forcément compte que la pratique peut intéresser d’autres acteurs. L’autre bénéfice, c’est le retour d’expérience de tous les autres intervenants. Le Médialab SpeedTraining permet de connaître de nouvelles pratiques, de nouvelles façons de faire et puis peut-être de se les approprier. Je crois que c’est le principal intérêt. »

Au-delà du HybLab et du Médialab SpeedTraining qui sont devenus des temps forts pour les professionnels des médias et de la communication de la région, quelles sont les actions menées par le cluster ?

Jeanpierre Guédon : « Les HybLab, le Médialab SpeedTraining, les ateliers StoryCode, les formations spécifiques pour des médias… Il y a vraiment beaucoup de choses qui émergent et qui vont perdurer car il y a de la compétence à Ouest Médialab. Le fait de mélanger les compétences des adhérents pour bâtir de nouvelles formations sur-mesure, c’est aussi quelque chose de vraiment important.

Le Médialab SpeedTraining attire 400 personnes par an. L’idée, au vu de ces résultats brillants et du fait qu’on a un attrait particulier pour les médias locaux, c’est d’agrandir le format et de le faire évoluer sur un festival de l’information locale.

Partenaires NMcube

Lancement de l’incubateur NMcube (de gauche à droite : Fabrice Berthereaux (Creative Factory by Samoa), Francky Trichet (Université de Nantes), Estelle Prusker (Audencia Sciencescom), Valérie Claude-Gaudillat (Audencia Business School), Julien Kostrèche (Ouest Médialab), Jeanpierre Guédon (Polytech Nantes – Université de Nantes)

Une autre réalisation importante, qui a pris forme en 2017, c’est NMcube, le premier incubateur de startups média en région. NMcube, c’est une belle réussite du jeu à la nantaise avec Nantes Métropole, Audencia Sciencescom, l’Université de Nantes… C’est une très bonne incarnation de ce qu’a fait Ouest Médialab dans le sens où l’on va mélanger des savoirs et des savoirs faire d’acteurs qui ne se rencontraient pas du tout auparavant. « 

Quels vont être les grands défis à relever pour l’association pour poursuivre son développement après avoir réussi sa phase d’amorçage ?

Michel Barthen : « Ouest Médialab est un cluster connu et reconnu. Maintenant, il faut le pérenniser, penser à l’avenir et aux prochaines années. Je pense que c’est sans doute un combat à mener, dossier par dossier. Ce sont les objectifs et les projets que l’on peut avoir qui peuvent susciter de l’intérêt, soit de la part des collectivités mais aussi pourquoi pas de sponsors ou d’entreprises qui peuvent être intéressés par ce que nous ferons. »

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© RONAN LANON

Jeanpierre Guédon : « Effectivement, Ouest Médialab n’existait pas il y a 3 ans et compte 130 membres adhérents aujourd’hui, c’est un cluster connu et reconnu et pas simplement dans la région Pays de la Loire et l’Ouest de la France.

Au dernier Médialab SpeedTraining, il y avait des gens de Strasbourg et l’année d’avant, certains venaient de Montpellier et rêvaient d’avoir la même chose chez eux parce que ce cluster des médias a un poids important sur l’information locale. Les collectivités doivent comprendre qu’on n’est pas là pour demander de l’argent à l’Etat en étant un cluster national mais qu’on est là avant tout pour le développement des médias dans la région sur des zones délimitées avec tous les types de médias. »

En tant qu’informaticien, quels sont selon vous les grands défis du numérique ?

Jeanpierre Guédon : « L’intelligence artificielle arrive à une vitesse incroyable et très peu de gens s’en rendent compte. Ça va changer la vie de tout le monde. Appliquer ce qu’on sait déjà faire en ingénierie dans le secteur des médias pour faire par exemple du fact-checking, pour avancer sur la qualité de l’information, sur la vie de l’information… La capacité des médias à réutiliser toute l’information engrangée depuis des années, c’est forcément des nouveaux business models et un nombre d’émissions qui peuvent être quasiment à la carte pour les citoyens. Pour moi dans les 10 ans qui viennent il y a beaucoup de choses à faire là-dessus. Et comme les médias ne roulent pas sur l’or, la seule façon de le faire sera de le faire ensemble. Le partage d’expérience et la R&D ce sont des choses qui se font souvent mieux à plusieurs que tout seul. »

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Et pour l’homme de télévision ?

Michel Barthen : « En matière de télévision on a des créneaux qui sont limités, un certain nombre d’heures par semaine. Le numérique permet d’aller bien plus loin. Notamment de donner d’autres types d’informations, comme des informations de service. On ne va pas donner en télévision des horaires d’ouverture d’une salle de spectacle. Alors que sur le numérique on trouvera ça, en complément. L’enjeu, il est là. le numérique nous apporte des fenêtres d’ouverture supplémentaires et des publics différents. Je crois que ce qui va être intéressant dans le cadre des développements de coopération, c’est de voir comment sur le numérique on va pouvoir partager notre expérience, notre savoir-faire avec d’autres médias. »

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