Nouvelles narrations : quand l’info prend son temps sur le web

Nouvelles narrations : quand l’info prend son temps sur le web

Pour ces trois médias, faire long n’est pas incompatible avec le web. Cet autre rapport au temps est même leur raison d’être. Zoom sur chacun d’entre eux, avec les témoignages de leurs fondateurs, invités à la 7ème journée de la presse en ligne.

Les Jours : C’est le plus récent des trois, mais celui dont le développement est le plus rapide. Né en février 2016, il compte déjà 6 500 abonnés (à 9 euros par mois). Fondé par d’anciens journalistes de Libération, il se propose de raconter l’actualité en séries, sous forme d’épisodes (1 à 2 par jour).

« Le rapport au temps a été déclencheur de notre démarche, raconte Alice Géraud, co-directrice cette rédaction de 16 journalistes et ancienne de Libé. On vient tous du quotidien et on est tous attachés à l’actualité, mais on faisait le constat qu’une information en chassait une autre et qu’il fallait faire un pas de côté. Du coup, on ne repart pas quand la vague médiatique se retire et on arrive même un peu avant… »

A rebours de certains codes du web où il faut écrire toujours plus court et toujours plus vite pour alimenter le flux, ce site entend « redonner chair et mémoire à l’information« , qui n’est plus traitée par rubriques, mais par « obsessions« . Comme raconter les coulisses de « l’empire Bolloré » ou suivre au long court des Djihadistes de retour de Syrie (« Les revenants »). Deux sujets qui se sont transformés en livres, co-publiés avec les éditions du Seuil.

Le site, qui ne peut pas encore vivre de ses abonnements, mise sur les deniers personnels des fondateurs et plusieurs levées de fonds. L’équipe a notamment lancé une campagne réussie de crowdfunding (80 000 euros récoltés pour 50 000 demandés), doublée d’une campagne d’equity crowdfunding (où les donateurs deviennent actionnaires). Une forme de financement soufflée par la spécialiste de l’économie des médias Julia Cagé qui pourrait bien se développer en France…

Le Quatre Heures : Avec un reportage mis en ligne par mois, Le Quatre Heures fait l’éloge du temps long. Il compte aujourd’hui 2 000 abonnés (à 19,80 euros par an). Fondé par d’anciens étudiants en journalisme, il réunit 6 journalistes bénévoles et des journalistes contributeurs qui sont, eux, rémunérés. « On prend le temps de lancer nos sujets bien en amont, parfois huit mois à l’avance, raconte Amélie Mougey, rédactrice en chef. On veut plonger le lecteur dans une histoire riche, longue et complexe. Comme s’il lisait une nouvelle« . Le tout en utilisant toute la palette d’outils du web : texte, photos, vidéos, sons, dessins…

Les sujets, intemporels, « libérés du carcan de l’actualité« , ont toutefois vocation à « faire écho à se qui se passe dans le monde et dire quelque chose de l’air du temps, poursuit-elle. Le Quatre Heures est une utopie concrète. Le grand et beau journalisme qu’on rêvait de faire« .

L’équipe organise une fois par mois, à chaque sortie d’un sujet, un apéritif avec ses lecteurs. « Ce sont souvent des étudiants, des retraités, de gens qui prennent le temps de nous lire le soir ou le week-end, poursuit-elle. On est très numérique mais c’est bien d’avoir des moments vivants autour du journalisme… »

8e étage : Celui qui se présente comme un magazine numérique d’information mêle deux types de production : des articles courts, en accès gratuit, traitant de l’actualité internationale dont personne ne parle, et des grands reportages, payants, publiés une fois par semaine. Le site rassemble pour l’heure 1 000 abonnés, qui fixent eux-mêmes leur tarif. « Ce prix libre permet de responsabiliser le lecteur et d’être accessible à tous, explique Maxime Lelong, fondateur et rédacteur en chef. L’information est un bien collectif« .

L’équipe réunit ses deux fondateurs bénévoles et paie ses reporters à l’article. « On laisse carte blanche à nos journalistes, qui sont souvent installés à l’étranger », raconte Maxime Lelong, fondateur et rédacteur en chef.

Pour ce jeune journaliste, fonder ce média répondait à une envie d’inventer autre chose que ce que propose la presse aujourd’hui. « Si on n’avait rien à reprocher aux médias traditionnels, on n’aurait pas eu envie de lancer un média différent, lance-t-il. Pour moi, le mal qui ronge les rédactions, c’est l’envie de vouloir tout dire et surtout de publier avant les autres ».

The following two tabs change content below.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *