Médiacités parie sur l’abonnement pour financer ses enquêtes

Médiacités parie sur l’abonnement pour financer ses enquêtes

Le pure player d’enquêtes a lancé sa quatrième édition locale le 13 septembre à Nantes. Créé par d’anciens journalistes de l’Express , ce « média national ancré localement », veut se démarquer par son indépendance et l’audace de ses articles, écrits par des journalistes aguerris. Un positionnement qui rend son modèle économique très complexe.

À l’image du site LesJours.fr, créé lui aussi par des journalistes en rupture avec leur ancien employeur Patrick Drahi, Médiacités a fait le choix d’un modèle économique qui repose exclusivement sur ses lecteurs. Pas de publicité, pas d’activité annexes. « On marche sur la tête quand, pour pouvoir faire son métier, on doit faire un autre métier comme de la formation ou de l’événementiel », martèle Jacques Trentesaux, l’un des fondateurs du média d’enquêtes, ancien responsable des service « Villes » de l’Express.

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Une plateforme unique pour les enquêtes réalisées dans les quatre premières villes (Lille, Lyon, Toulouse, et Nantes)

 

À son annonce, il y a un an, le projet avait soulevé de l’enthousiasme parmi les journalistes, en quête d’indépendance éditoriale et d’un rythme de publication plus respectueux du temps de l’enquête journalistique. Mais pas assez pour effacer les doutes sur sa viabilité économique. Car le pari est audacieux.

À son lancement, Médiacités s’est fixé un objectif de 2300 abonnés sur quatre villes, à atteindre à la fin de l’année 2017. « Nous en sommes un peu plus de 1100, mais nous avons ouvert la deuxième et la troisième ville très récemment », explique Jacques Trentesaux.

La première cible, atteinte en grande partie, est une audience de cadres urbains attachés à l’information, des « bouffeurs  d’infos », prêts à s’abonner à plusieurs médias en ligne. Au delà de ce « noyau dur, il faudra aller chercher les abonnés, et ça c’est plus compliqué », admet le journaliste.

Des pigistes pour commencer, une rédaction à terme

En parallèle, se mène la bataille du capital, dont le montant est encore insuffisant pour laisser le temps au média de gagner une audience. « Pendant trois ans, on va creuser un déficit », prévoit Jacques Trentesaux. « Donc on va voir des gens qui ont de l’argent, mais on a mis des verrous pour se prémunir des prises de contrôle du média et de l’autocensure des journalistes : on n’ouvre que 30% du capital et on cherche des petits tickets de 5000 à 30 000 euros. » En juin dernier, l’équipe annonçait chercher 450 000 euros et en avoir rassemblé 100 000. Trois mois plus tard, « cela reste difficile », résume le fondateur de Médiacités.

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L’équipe permanente de 7 personnes (dont 6 journalistes) s’appuie essentiellement sur un réseau de journalistes indépendants, payés à la pige. « C’est un choix économique de départ, un moyen de diminuer considérablement les charges fixes, explique Jacques Trentesaux. Mais à terme, si ça fonctionne, il n’y a aucune raison de ne pas avoir une rédaction structurée. »

Interviews réalisées lors de la soirée de lancement de Médiacités Nantes, le 13 septembre 2017.

Le curseur de la « rareté »

Afin d’attirer des journalistes expérimentés, Médiacités maintient un tarif de pige plutôt élevé de 100 euros par feuillet (1500 caractères), soit une facture de 500 à 1500 euros suivant la longueur de l’article. « Venant du service villes de l’Express, on avait un réseau assez forts dans les grandes villes françaises », se souvient Benjamin Peyrel, le co-fondateur de Médiacités, en charge de l’édition nantaise. « Mais on a aussi beaucoup de propositions de sujets par des journalistes qu’on  ne connaît pas. Evidemment on les rencontre, on discute, on se renseigne pour savoir à qui on a à faire ! »

Le travail d’enquêtes coûte cher, mobilisant un journaliste durant plusieurs semaines. « Le curseur sur lequel on joue, c’est la rareté, résume Jacques Trentesaux. On ne publie qu’une enquête par semaine et par ville. Même si cela nous oblige à « harponner » les abonnés via des newsletters ou des alertes pour les ramener sur le site. »

Un avenir suspendu au scoop

Pour des rédactions locales qui veulent rester réactives sur l’actualité quotidienne, l’enquête reste encore trop couteuse. Mais l’aiguillon Médiacités pourrait inciter certains médias à aménager à la marge les plannings de leurs rédactions pour ces formats exigeants. « On a quelques sources à la Voix du Nord, et on a su que, très vite après notre arrivée, il a été dit « On va recréer une cellule investigation ! », rapporte Benjamin Peyrel. Ca donne des idées, ça donne envie. Mais c’est aussi une des missions qu’on s’est assignés. »

Même si des collaborations ponctuelles sont engagées avec des médias locaux, comme à Lille sur les Football Leaks ou les industries polluantes, Médiacités s’engage maintenant dans une bataille du scoop. Son modèle économique en dépend, à l’image de Médiapart, dont les abonnements avaient brutalement décollé après ses révélations sur les affaires Betancourt puis Cahuzac.

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Denis Vannier

About Denis Vannier

Journaliste - Chef de projet chez Ouest Médialab

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