Les nouvelles écritures selon Benjamin Hoguet, auteur transmédia

Les nouvelles écritures selon Benjamin Hoguet, auteur transmédia

Le 26 mai dernier, Ouest Médialab organisait une rencontre autour des nouvelles écritures avec Benjamin Hoguet, auteur et concepteur d’oeuvres interactives et transmédia.

Benjamin HoguetAuteur de plusieurs ouvrages sur la création nouveaux médias, Benjamin est venu nous parler des nouvelles écritures au travers de sa trilogie complète La Narration Réinventée. Petite séance de rattrapage.

Benjamin plante d’emblée le décors : avec le numérique, nous assistons à un changement fondamental de la narration, à une reconfiguration du paysage audiovisuel et médiatique, à un nouveau périmètre de la création, bref, à une remise en cause de certains ordres établis par les industries culturelles.

Le numérique amène avec lui cette composante sociale des oeuvres, qui consiste à partager le contrôle du récit avec le public.

Dans son premier opus, Créer et produire pour les nouveaux médias, Benjamin propose un panorama des changements que cela induit, tant du côté des scénaristes que des producteurs ou des diffuseurs.

À base d’études de projets et d’interviews de professionnels concernés par les nouvelles écritures (créateurs, diffuseurs, producteurs de nouveaux médias, métiers stratégiques dans les départements d’innovation…), le livre explore les différentes facettes de l’interaction avec une oeuvre.

L’interactivité : un changement fondamental dans la création

Le public peut par exemple avoir le choix du contenu, être amené à discuter voire à débattre autour de l’oeuvre ou à rentrer dans une logique de co-création.

« On voit émerger des logiques de co-création héritées du jeu vidéo : les gens vont décider de la teneur des histoires et influer la trame narrative »

Les créateurs doivent désormais intégrer le spectateur dans l’oeuvre, ce qui implique de connaître ses comportements, ses usages et de « jauger par anticipation, imaginer ce qui va se passer quand l’oeuvre sera terminée. »

Il s’agit également de dépasser son monde créatif d’origine et de s’hybrider avec d’autres métiers (animation, bande-dessinée, cinéma…).

Côté producteurs et diffuseurs : une audience à construire

L’audience de la télévision est une audience naturelle, que l’on pourrait qualifier d’acquise. Pour les projets web, c’est une autre histoire : cette audience naturelle n’existe pas, il faut aller la chercher ! C’est pourquoi l’on voit notamment fleurir des stratégies de co-productions qui viennent nourrir et multiplier les audiences.

Benjamin prend l’exemple de la série Génération What, diffusée simultanément dans 15 pays et de la fiction interactive WEI OR DIE, dont 43% de l’audience est venue des partenaires presse.

génération what

Ces relais médiatiques qui permettent d’agréger les audiences impliquent un travail en amont qui consiste à répertorier les communautés existantes, identifier les influenceurs, nouer des vrais partenariats de contenus.

Le pouvoir émotionnel des interfaces

Dans son deuxième ouvrage, Le Pouvoir Narratif des Interfaces, plus personnel, Benjamin s’intéresse au pouvoir émotionnel des interfaces et à la symbiose possible entre l’histoire et l’interface qui la délivre.

« L’interface est un élément artistique et créatif de plus »

Parce que « c’est au travers des émotions que l’on arrive à avoir un impact chez les gens », l’interface doit pouvoir déclencher une émotion, en plus d’être accessible et fonctionnelle (l’utilisateur doit déjà pouvoir la trouver sur la toile et s’en saisir). 

L’interface ne devrait donc pas être considérée comme un simple réceptacle fonctionnel car elle peut véhiculer un message et des émotions aussi puissantes que le récit lui-même.

À lire sur le sujet, l’article de Benjamin : Quand les interfaces racontent des histoires.

Des intentions créatives immuables

Dans son dernier ouvrage, Interactivité & Transmedia : les Secrets de Fabrication, co-écrit avec Manon Chauvin, Benjamin se recentre sur l’essentiel, c’est-à-dire, l’intention créative.

« Ce qui varie, ce sont les formats, les modèles économiques, les modèles de distribution… mais les genres créatifs eux ne changent pas. »

La fiction, le documentaire, la bande-dessinée sont des « intentions créatives invariantes » bien qu’elles puissent prendre des incarnations différentes et se décliner. « Il y aura toujours des gens pour faire du contenu du marque, de la fiction, de la TV, du jeu, du journalisme etc.. Ils ont simplement de nouveaux outils et d’autres possibilités à leur disposition. »

Le dernier ouvrage de Benjamin présente 6 études de cas d’oeuvres interactives et innovantes mêlant rencontres avec les différents métiers impliqués (auteurs, dessinateurs, producteurs, diffuseurs…) et secrets de fabrication :

  • Le web documentaire Do Not Track sur le tracking et l’économie du web
  • Morphosis, un jeu mobile qui vous raconte 20 000 ans d’impact de l’Homme sur son environnement, en complément du documentaire Les Saisons, de Jacques Perrin
  • La fiction interactive Wei or Die qui raconte l’enfer d’un week-end d’intégration étudiant
  • Le contenu de marque d’une agence bordelaise Chef Factory qui fait la promotion de la gastronomie lyonnaise à travers une websérie et des événements culinaires
  • Datagueule, la chaîne YouTube de vidéos au croisement du datajournalisme et de l’animation
  • Phallaïna, une bande dessinée numérique qui propose une nouvelle expérience de lecture sur tablette et mobile, produite par le département « nouvelles écritures » de France Télévisions

weiordiecopie

Les deux auteurs ont fait le choix d’associer ces 6 oeuvres innovantes non à des formats mais à des genres artistiques, qui ont préexisté aux nouvelles écritures et qui se réinventent au travers de cette nouvelle dimension qu’est l’interactivité.

Pourtant, parmi cette liste, le projet Datagueule peut nous interroger de prime abord sur son potentiel interactif, puisqu’il s’agit “simplement” de vidéos YouTube.

Au travers cette étude de cas, les deux chantres de l’interactivité se sont intéressés à l’effet de communauté et d’entraînement que l’on peut déclencher « avec une haute exigence éditoriale et une volonté d’avoir un impact citoyen. »

« Les gens reconnaissent spontanément la valeur éditoriale de l’oeuvre et quand ils commentent dans YouTube, c’est pour réfléchir à ce qui vient de se passer »

Un épisode de Datagueule, qui cumule entre 200 000 et 300 000 vues en moyenne, est toujours (en partie) commenté de manière constructive : « les gens discutent entre eux, débâtent, se renvoient des sources etc. »

« Même sur des espaces à trolls comme YouTube, quand il y a une exigence éditoriale forte et qu’on n’insulte pas leur intelligence, les gens rentrent vraiment dedans »

Le message des auteurs ? « Peu importe le format, ce qui compte c’est qu’il y ait l’intention derrière », martèle Benjamin. « Datagueule, ça reste du journalisme avec un travail de vérification des sources, un partage des questionnements avec des citoyens, une animation de débats etc. »

« L’interactivité est une composante qui vient nourrir des arts mais ce n’est pas un genre, c’est un exhausteur d’émotion. »

À lire pour en savoir plus les mécaniques d’engagement du public avec Datagueule et pour être prévenu(e) de la sortie des livres de Benjamin, suivez sa newsletter !

 

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