Les grands principes pour réaliser un projet audiovisuel en 360° selon Okio Studio

Les grands principes pour réaliser un projet audiovisuel en 360° selon Okio Studio

Raphaël Beaugrand, réalisateur et post-producteur de vidéos 360° pour Okio Studio,  pionnier de la vidéo immersive dans l’Hexagone, nous dévoile quelques ficelles du métier pour réaliser un projet audiovisuel en 360°.

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“ La narration est chamboulée avec la réalité virtuelle et l’environnement 360° : il faut prévoir le récit d’une histoire qui serait en partie découverte grâce au libre arbitre de l’utilisateur et faire en sorte que ce libre arbitre soit juste d’apparence. ”

Voici quelques conseils pour faire en sorte que le spectateur découvre l’histoire tel que le réalisateur l’a pensée :

  • Soigner le storyboard

Avant de commencer à tourner, il est important de visualiser l’histoire que l’on va raconter. Dans le film traditionnel, le storyboard permet d’illustrer les émotions, de déterminer le positionnement des objets dans l’espace et de cadrer une scène. Mais comment faire lorsque c’est l’utilisateur qui décide du cadre ? C’est là tout l’enjeu de la narration VR qui doit faire sans le sacro-saint cadre du cinéma classique.

  • Évaluer la distance aux objets

La distance minimale idéale du premier objet ou de la première personne est d’un peu moins d’un mètre. L’attention du spectateur varie en fonction de la distance : la perception de la profondeur 3D est relativement bonne dans les 10 premiers mètres. En revanche, au-delà de 20 mètres, tout va lui sembler écrasé. L’idée est donc aussi de tenir compte de la distance dans l’écriture du storyboard.

  • Déterminer les points d’intérêt

Pour que la narration en VR guide le regard du spectateur, il est important de déterminer la position des points d’intérêt. On ne définit plus les objets par rapport au cadre mais en fonction de ce que l’audience va probablement regarder (même si l’on ne peut jamais en être certain).

“ La réalité virtuelle c’est une somme de paris.”

Le montage peut influencer l’attention du spectateur en déterminant les zones d’attention probables. Contrairement au format traditionnel où la scène se passe dans un cadre prédéfini, le pari consiste ici à localiser le point d’intérêt principal qui déterminera ainsi la scène suivante.

Raphaël met cependant en garde : renforcer un point d’intérêt au détriment d’un autre va amener le spectateur à réfléchir et risque donc d’atténuer l’immersion car il aura l’impression que ce n’est pas lui qui décide du cours de l’histoire.

“Le montage a un impact sur la narration : l’enjeu est de créer du sens à l’intérieur de chaque plan et de raconter une histoire avec une succession de plans qui se répondent les uns aux autres. ”

  • Travailler le rythme

“ Le rythme avec une vidéo 360° n’est pas le même : ce n’est plus une succession de plans de 3 secondes, on est sur des durées plus longues. L’espace entre deux plans doit se réfléchir pour servir la narration ”

Le rythme se joue notamment dans le déplacement des acteurs, les transitions sonores et l’animation, pour assurer la fluidité de la narration.

“ On aura moins l’impression d’avoir vu un film que d’avoir vécu une expérience. Percevoir le relief et avoir le sentiment d’être à côté des personnages du film renforce l’immersion. ”

Comme il nous l’expliquait lors d’une autre rencontre StoryCode, la réalité virtuelle est à utiliser à bon escient, il faut tester des choses, faire des expérimentations tous azimuts, quitte à essuyer les plâtres et surtout, avoir plus d’un tour dans son sac.

  • Garder en tête le point de vue du spectateur

Du storyboard à la post-production en passant par le tournage, l’idée est de se mettre dans la peau du spectateur.

Dans l’expérience immersive i-Philip, première fiction française en réalité virtuelle et en relief co-produite avec Arte, le robot Phil, copie robotique de Philip K. Dick.t, raconte les souvenirs de l’écrivain de science fiction. L’écriture à 360° de cet éminent opus a pensé le point de vue du spectateur de sorte qu’il ait l’impression d’incarner le robot. Le court-métrage, d’une quinzaine de minutes, a été tourné entièrement en caméra subjective.

I philip

Pour un auteur, la réalité virtuelle et le 360° est un nouvel univers qui implique de réfléchir à de nouveaux sujets pour que la narration puisse faire vivre au spectateur une expérience qu’il n’aurait pas pu vivre autrement.

De nouvelles parties du cerveau sont sollicitées (l’empathie semble plus forte qu’avec les formats traditionnels) et le ressenti physique est parfois plus intense (on pense notamment au sentiment de nausée très fréquent durant le visionnage d’expériences en réalité virtuelle).

Chantre des expériences immersives, Raphaël porte un soutien indéfectible à la réalité virtuelle et au 360° qui chamboulent et réinventent les codes de la narration audiovisuelle.

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